Du vicaire au curé : les premières cures d'Antoine Labelle

Histoire · 6 juillet 2026

Place Royale à Québec de nuit, avec l'église Notre-Dame-des-Victoires éclairée et des maisons de pierre
Une église de pierre à Québec : le cadre de vie d'un prêtre au milieu du XIXe siècle.

Avant d'être le roi du Nord, Antoine Labelle fut un jeune prêtre de paroisses ordinaires, déplacé au gré des besoins de son évêque. Ces premières années, moins célèbres que la suite, expliquent pourtant bien ses choix ultérieurs : il y apprend à gouverner une communauté, à arbitrer des conflits et à mesurer la pauvreté rurale. Cette page suit son parcours de vicaire puis de curé, entre 1856 et la fin des années 1860.

Vicaire à Sault-au-Récollet

Ordonné prêtre en 1856, Labelle est d'abord nommé vicaire à Sault-au-Récollet par l'évêque de Montréal, Ignace Bourget. Il y reste de juin 1856 à mars 1859. Le vicaire est l'adjoint du curé : il célèbre les messes, visite les malades, enseigne le catéchisme et accomplit les tâches que le curé lui confie. C'est un apprentissage du métier, sous l'autorité d'un supérieur.

Cette paroisse proche de Montréal lui offre une première expérience de la vie urbaine et industrielle naissante. Les sources donnent peu de détails sur ces années, qui restent mal documentées. On sait cependant que l'évêque Bourget, qui jouera plus tard un rôle déterminant dans ses projets de colonisation, le remarque déjà.

Quelques mois à Saint-Jacques-le-Mineur

Après Sault-au-Récollet, Labelle passe quelques mois à Saint-Jacques-le-Mineur, dans le comté de Laprairie. Cette étape courte montre à quel point les jeunes prêtres de l'époque circulaient d'une paroisse à l'autre, selon les décisions de l'évêque et les besoins du moment. Les sources n'en disent presque rien, ce qui invite à la prudence : certains récits ultérieurs comblent ces silences par des anecdotes difficiles à vérifier.

Ce passage rappelle aussi que la carrière de Labelle n'a pas été linéaire. Avant de s'installer à Saint-Jérôme, il a connu plusieurs postes dans des milieux très différents, du bord de la rivière des Prairies aux terres agricoles de la plaine de Montréal, et il en a gardé une connaissance concrète des difficultés des paysans.

Curé à Saint-Antoine-Abbé

Il devient ensuite curé de Saint-Antoine-Abbé, dans le comté de Huntingdon, près de la frontière américaine, où il exerce son ministère jusqu'en 1863. La paroisse vient d'être érigée canoniquement : elle ne possède encore ni municipalité, ni commission scolaire. Tout reste à organiser, et le jeune curé s'y essaie.

La communauté est divisée, non seulement entre protestants et catholiques, mais aussi entre Canadiens français et Irlandais. Cette expérience développe ses qualités de médiation. Elle lui apprend à parler à des groupes qui se méfient les uns des autres, une compétence qui lui servira dans ses démarches auprès des politiciens et des notables.

L'exode vers les États-Unis

À la frontière, Labelle est confronté à un phénomène massif : l'exode des Canadiens français vers les États-Unis. Dans le contexte de l'industrialisation, plusieurs voient dans les manufactures de Nouvelle-Angleterre l'occasion d'améliorer des conditions de vie difficiles. Les familles partent par centaines, et les paroisses se vident parfois de leurs jeunes.

Le curé se promet alors de s'attaquer aux causes de cette émigration dès qu'il en aura les moyens. L'idée de retenir les familles au pays en leur offrant des terres à défricher dans le Nord est née de cette expérience, et elle expliquera son engagement ultérieur, décrit dans la page sur la colonisation du Nord.

Lacolle et la menace des Fenians

À partir du 7 février 1863, Labelle est prêtre à Saint-Bernard-de-Lacolle, toujours à la frontière américaine, près de l'État de New York. Il fait face à un nouveau problème : les Fenians, des nationalistes irlandais luttant contre la Couronne britannique, provoquent plusieurs escarmouches à la frontière.

Face à cette menace, le curé promet de défendre sa paroisse, et sa forte voix comme sa carrure lui valent une réputation d'homme au caractère bouillant. Les Fenians n'atteindront finalement jamais Lacolle, défaits dans le nord-ouest du pays par l'armée britannique et les troupes métisses de Louis Riel. L'épisode est resté dans la mémoire locale comme une illustration de son tempérament.

Le départ vers Saint-Jérôme

Vers 1867, Labelle exprime un épuisement dans ces paroisses de frontière, où les tensions et la pauvreté pèsent. Il cherche un poste où il pourrait agir plus concrètement. Il le trouve à Saint-Jérôme, à la porte des Laurentides, où il arrive à la fin des années 1860.

C'est là que s'ouvre la partie la plus connue de sa vie, qu'on lira dans la biographie du curé Labelle. Les années de vicaire et de curé de frontière servent de préparation : elles lui ont appris à organiser une paroisse, à arbitrer des conflits et à regarder les départs vers les États-Unis comme un problème à résoudre.

Ce qu'il faut retenir de ces années

Ces années de formation sont peu documentées, et certains détails reposent sur des témoignages tardifs. Elles montrent cependant que la vocation de colonisateur n'est pas apparue de nulle part : elle découle d'expériences concrètes, de la pauvreté des paysans et de l'exode vers les manufactures américaines. Pour un lecteur d'aujourd'hui, cette période rappelle aussi la condition d'un jeune clerc au XIXe siècle : déplacé selon les décisions de l'évêque, logé chez les paroissiens, dépendant des dons pour vivre, il n'a ni la liberté ni la stabilité de ceux qui sont déjà installés. Cette dépendance explique en partie son désir d'indépendance plus tard, quand il deviendra prélat honoraire. Les faits de cette page sont issus de la notice de référence consacrée à Antoine Labelle.

Questions fréquentes

Où Antoine Labelle fut-il vicaire ?

À Sault-au-Récollet, sous l'évêque Ignace Bourget, entre juin 1856 et mars 1859.

Pourquoi ses postes de frontière comptent-ils ?

Parce qu'il y vit l'exode des Canadiens français vers les États-Unis, qu'il voulut ensuite combattre par la colonisation du Nord.

Qui étaient les Fenians ?

Des nationalistes irlandais qui luttaient contre la Couronne britannique et provoquèrent des escarmouches à la frontière canadienne dans les années 1860.

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