Le curé Labelle : biographie d'un colonisateur des Laurentides

Histoire · 15 juillet 2026

Quai de la gare de Saint-Jérôme avec voies ferrées, abri vitré et clocher d'église à l'arrière-plan
La gare de Saint-Jérôme, terminus de la première ligne que le curé Labelle avait réclamée.

Peu de personnages ont autant marqué la mémoire des Laurentides qu'Antoine Labelle. Son nom désigne une municipalité, une rivière, des rues et un parc, et son image de prêtre massif au caractère bouillant reste familière aux Québécois. Cette page retrace sa vie à partir des synthèses publiques disponibles, en distinguant ce qui est bien documenté de ce qui relève de la légende. Les récits consacrés aux grands hommes sont souvent écrits à leur gloire, et il est sain de les lire avec distance.

Une enfance à Sainte-Rose

Antoine Labelle naît le 24 novembre 1833 à Sainte-Rose, un village de l'île Jésus devenu un quartier de Laval en 1965. Fils unique d'un cordonnier, il grandit dans un milieu populaire, marqué par la rébellion des Patriotes de 1837 et 1838. Le curé du village, Pascal Brunet, remarque ses dispositions et le prend en charge pour l'orienter vers la prêtrise.

En 1844, à dix ans, il entre au séminaire de Sainte-Thérèse. On le décrit comme un bon élève, avide de savoir, assoiffé d'histoire, toujours en tête de classe. Il se passionne aussi pour l'agriculture, un intérêt qui traversera toute sa vie et qui explique en partie son attachement à la colonisation. Ses années de formation se terminent au Grand séminaire de Montréal.

Prêtre à vingt-deux ans

Il est ordonné prêtre le 1er juin 1856. Le jeune ecclésiastique est doté d'un physique imposant, que les sources évoquent avec des chiffres impressionnants pour l'époque : un mètre quatre-vingts et environ cent quarante kilos. Cette carrure alimentera sa légende, et elle contribue à l'image d'un homme capable de s'imposer dans les assemblées comme sur les chantiers.

Ses premiers postes le conduisent d'abord à Sault-au-Récollet comme vicaire, puis dans des paroisses proches de la frontière américaine. Cette période, détaillée dans la page consacrée à ses premières cures, forge deux convictions : le besoin de médiation entre des communautés divisées, et l'urgence de freiner l'exode des Canadiens français vers les manufactures de Nouvelle-Angleterre.

Le curé de Saint-Jérôme

À la fin des années 1860, Labelle devient curé de Saint-Jérôme, alors petit village d'environ huit ou neuf cents habitants. Il y voit du potentiel : une population plus homogène que dans les paroisses frontalières, un dynamisme qu'il juge prometteur. Appuyé par des notables locaux, il commence à promouvoir la colonisation du nord des Laurentides.

Sous son curé, la localité s'industrialise : elle devient juridiquement une ville le 13 janvier 1881, et l'on y voit s'installer une manufacture de papier, une pulperie, des fabriques de gants, de meubles, de montres et de pianos. Attaché au mode de vie agricole, Labelle ne s'oppose pas à cette industrialisation, qu'il encourage dans l'espoir de faire de Saint-Jérôme une grande ville.

L'homme de la colonisation

Son œuvre la plus connue est la colonisation des Pays-d'en-Haut, c'est-à-dire du nord des Laurentides. Il organise des expéditions, plante des croix aux emplacements de futures paroisses, fonde en 1879 la société de colonisation du diocèse de Montréal et met en place une loterie destinée aux projets coloniaux en 1884. Le détail de cette entreprise est présenté dans la page sur la colonisation du Nord.

Il comprend aussi très tôt que sans voie de communication, les villages resteront isolés. Il se bat donc pour un chemin de fer, ce qui conduit à l'inauguration d'un premier tronçon en 1876, histoire que raconte la page sur le chemin de fer.

Un prélat et un fonctionnaire

La popularité de Labelle intéresse la politique. Le premier ministre libéral Honoré Mercier, élu en 1886, le nomme sous-commissaire au nouveau département de l'Agriculture et de la Colonisation, et il entre en fonction en mai 1888. Avec le commissaire des Terres de la couronne, il prépare une loi pour supprimer les réserves forestières, qui permettaient aux compagnies de s'approprier de grands territoires au détriment de la colonisation.

Devenu prélat à titre honorifique, il bénéficie d'une certaine indépendance vis-à-vis de l'archevêque de Montréal, avec qui les relations sont tendues. Le pape doit intervenir à deux reprises pour calmer le différend. Ces conflits rappellent que le personnage n'est pas consensuel, et que ses ambitions, notamment la création d'un diocèse à Saint-Jérôme, ont rencontré des refus.

Les derniers mois et la mort

En 1890, Labelle effectue un second voyage en Europe, au nom du gouvernement provincial, pour encourager l'immigration française. À Rome, il plaide pour la création d'un nouveau diocèse, mais apprend à la fin de décembre le refus du Saint-Siège, qui ne sera levé qu'en 1951 par l'érection du diocèse de Saint-Jérôme. Il présente alors sa démission au premier ministre, qui la refuse.

Atteint d'une hernie, il est opéré à Québec et meurt le 4 janvier 1891. Un train spécial ramène son corps à Saint-Jérôme, où environ cinq mille personnes l'accueillent, une affluence considérable pour la petite ville. Les journaux consacrent plusieurs jours à l'événement, au Canada français comme à Paris.

Mémoire et nuances

La figure de Labelle est entourée d'anecdotes qui insistent sur sa bienveillance, comme la corvée de bois de 1872, au cours de laquelle il fit transporter des voitures de bois de chauffage aux familles montréalaises éprouvées par le froid. Elles alimentent une image héroïque, dont une bonne partie vient de récits tardifs.

Les historiens rappellent aussi que la colonisation, avec son idéologie religieuse et nationale, avait ses limites et ses zones d'ombre, notamment pour les peuples autochtones qui occupaient déjà le territoire. Il est utile de lire ce récit comme une histoire parmi d'autres, sans en faire un conte. Les faits de cette page sont issus de la notice de référence consacrée à Antoine Labelle.

Questions fréquentes

Pourquoi l'appelle-t-on le roi du Nord ?

Parce qu'il a été la figure de la colonisation des Laurentides, qu'il parcourait en tous sens pour y fonder des paroisses, et que ses contemporains lui ont donné ce surnom.

Quand est-il mort ?

Le 4 janvier 1891, à Québec. Son corps a été ramené par train spécial à Saint-Jérôme, où environ cinq mille personnes l'ont accueilli.

Était-il seulement prêtre ?

Non. Il fut aussi haut fonctionnaire : en 1888, le gouvernement provincial l'a nommé sous-commissaire au nouveau département de l'Agriculture et de la Colonisation.

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